Johan Tahon (1965 - )
Sculpteur belge contemporain reconnu pour ses œuvres en céramique et terre cuite, explorant des formes humaines et introspectives qui oscillent entre silence et symbolisme.
Nationalité : Belgique.
éléments biographiques sur Johan Tahon▼
Johan Tahon est sculpteur. Sculpteur céramiste, car l’argile est son matériau de prédilection. C’est dans le dialogue avec la terre qu’il trouve son expression. Johan Tahon sculpte des visages, des têtes, des corps. Figures silencieuses, corps déformés, yeux en creux, visages en larmes. Porteurs de douceur et de tendresse, aussi. Tout se passe comme si l’artiste voulait pénétrer au plus profond de l’intimité des êtres. Ce n’est pas l’apparence qu’il modèle, mais ce qu’il imagine de leur conscience.
Les qualités de la céramique s’accordent à ses intentions. Il joue de l’accord du modelage et de l’empreinte, du vide et du plein, de la terre nue et de l’émail, comme des notes qui composeraient une partition musicale. Le vide est une composante de l’art céramique. Le vide est cette métaphore du corps, de l’esprit comme des entrailles, ce que l’on ressent, ce que l’on ne dit pas, ce que l’on devine, l’âme ou l’inconscient comme on voudra. Certaines des sculptures de Johan Tahon, comme la série des têtes nommées Mémoria, restent proches du contenant. D’autres, comme, Plate, Manresa ou Peirced Stream, sont parsemées de trous. Ces trous sont dessinés dans l’émail. Ils en soulignent l’épaisseur, le masque derrière lequel chacun se cache, la sédimentation des épreuves de la vie. Mais il arrive aussi que l’on ressente ces trous, creusés dans la terre elle-même, comme les cicatrices de douloureuses épines, à l’exemple d’Uludag. Dans tous les cas, le regard plonge dans le mystère du vide, du creux, de l’intérieur. Il ne peut s’en détacher. Il voudrait y lire ce qui reste caché. Il se tourne, aussi, vers lui-même. Parce qu’il prolonge la matière, le vide devient lien.
L’émail, inégalement réparti, invite à entrer en contact avec la matière, preuve du réel. Et surtout, il est blanc, à l’exception de quelques plages brunes, toujours blanc. D’un blanc laiteux, pas éclatant, légèrement cassé de gris, épais et plein d’aspérité. Que veut dire ce blanc ? L’innocence de l’enfance, comme une aube ? Ou le deuil, celui des reines ou celui des africains ? On ne peut s’empêcher de penser aux masques Bapunu, allégories des ancêtres. Ou au kaolin, dont on enduit les corps noirs lors des cérémonies rituelles. Les coulures de l’émail, comme sur un corps vivant tout en sueur, soulignent les angoisses d’un monde en pleurs. Le Cri d’Edouard Munch n’est pas loin.
Mais, le peuple de Johan Tahon est plus méditatif qu’angoissé. Il porte en lui, son histoire et celle du monde. Comme l’argile qui vient du fond des âges géologiques, il possède une épaisseur temporelle. Il y a dans ces sculptures une forme d’archéologie. L’artiste ne refuse pas le passé. Il l’intègre. Durant son séjour en Turquie, c’est non seulement la céramique iznique qu’il a découverte mais aussi à travers des tessons de fouilles, les traces de civilisations disparues, grecques ou phéniciennes. Le sculpteur s’imbibe de ces antécédents sans les copier. Lorsqu’il travaille, c’est tout son être qui s’exprime : « pendant que je manipule l’argile, il y a une sorte de langage avec l’inconscient qui travaille en même temps ». Johan a besoin du contact physique avec la terre pour créer. Les mains de l’individu qui fait de lui un artiste, sont créatrices. La forme n’est pas préméditée mais elle appartient à son vocabulaire.
Les formes, en effet, possèdent leur pouvoir expressif. Les corps sont creusés, effilés, courbés. Les têtes penchées les dominent, souvent en volume, mais aussi en expression. Les êtres ne marchent pas, ils attendent. Ils s’étonnent. Ils racontent leur histoire. Ils ne sont pas que cette matière qui les a faites. Ils sont aussi fantômes. Ils sont aussi esprit.
