Ceramic Brussels 2025
Mes retours sur l'édition 2025 de la foire internationale d'art contemporain dédiée à la céramique
- Date : Du 22 Jan 2025 au 25 Jan 2025..
- Lieu : TOUR & TAXIS Avenue du Port 86C Bruxelles BE-1000 Belgique.
- Evénement prériodique : Ceramic Brussels.
Sommaire
Ce qu’il faut retenir sur Ceramic Brussels 2025 :
- La visite est agréable, organisation professionnelle, restant humaine, accueil sympathique, lieu vaste, disposition ouverte aménageant des surprises, circulation fluide.
- Une impression de foisonnement, 65 galeries, probablement plus de 200 artistes cités. 25 solo shows, soit 40 % qui offrent les moments les plus agréables grâce notamment aux rencontres avec les artistes, (par exemple, Peter Aerts, JP Racca Vammerisse, Benoît Pouplard, Claude Champy….) . Les galeries présentant trop artistes donnent parfois une impression de bric-à-brac.
- La dominante est la création céramique en tant que telle, relevant principalement des arts décoratifs, malgré la présence de plusieurs galeries généralistes appartenant au monde de l’art contemporain (Mennour, Transit, Almine Rech, La Peau de l’Ours, Bernard Jordan, Polaris, Romero Paprocki… ) De ce fait, la foire affirme son identité. Pour schématiser entre Art Basel et Révélations, ni art contemporain, ni artisanat d’art. Cette identité ouvre-t-elle la voie vers le monde de l’art ?
- Plusieurs artistes sculpteurscomme Carolein Smit, Michel Gouéry, Elmar Trenkwalder, Clémence van Lunen qui transcendent les catégories artistiques. Parmi les jeunes, des artistes inclassables qui exigent de repenser les frontières.
- Une présence internationale qui reste partielle. Les galeries de l’Europe de l’ouest continentale dominent, Belgique, France, Pays-Bas, Norvège (invitées d’honneur), Suisse, Italie. Une galerie britannique (Joana Bird) présentant des céramistes « classiques », (Elisbeth Fritsch), une galerie américaine (Hostle Burrows) spécialisée en céramique scandinave. L’ouverture au monde américain et britannique reste à faire.
- Les œuvres exposées donnent une impression de convergences formelles. Encore et toujours de l’abstrattion géométrique, informelle ou construtiviste, moins matiériste et plus construite, et beaucoup d’objets hybrides, imaginaires et narratifs.
- La présence de galeries « antiquaires « ,, Thomas Fritsch, Anne-Sophie Duval, Hélène Bailly ( belle installation consacrée à Picasso), tirent la foire vers les arts décoratifs. Michel Giraud présente des œuvres historiques mais aussi des scupltures d’artistes contemporains, Jan Voss, Joanna Vasconcelos et Mark Lüpertz, ce qui lui permet de faire le lien entre plusieurs univers.
- La foire permetttait de décrouvrir des artistes peu connus en France, Jun Kaneko Japonais installé aux Etats-Unis, Kristina Riska Hidden, Finlandaise, Torbjorn Kvasbo,Norvégien, Andres Anza, Mexicain, prix 2024 du LOEWE Foundation Craft.
- Oeuvres d’artistes comtemporains, outre l’invitée d’honneur, Elisabeth Jaeger, Markus Lüpertz magnifique Laokoon, (galerie Michel Giraud), Yuri Kuper (galerie Valois), trois étranges tasses surdimensionnées, d’un ensemble de 15 réalisées chez Jean-Marie Foubert, deux œuvres plus modestes de Jan Vos et Joana Vasconcelos (galerie Michel Giraud).
Ceramic Brussels est une initiative réussie qui possède le potentiel pour promouvoir la céramique au plus haut.
Les récompenses
prix du meilleur solo show
best solo show 2025 : Sorry we’re Closed (be)
La galerie présente un solo show de Jun Kaneko. Jun Kaneko (1942) est un artiste américano-japonais connu pour ses sculptures de grande taille en céramique.

Jun Kaneko est né à Nagoya, au Japon, en 1942. En 1963, il est venu aux États-Unis pour poursuivre ses études au Chouinard Art Institute, où sa rencontre avec Fred Marer l’a amené à s’intéresser à la céramique sculpturale. Kaneko étudie ensuite avec Peter Voulkos, Paul Soldner et Jerry Rothman en Californie.
Commentaire: virtuose, géométrique, décoratif, fugace.
Prix du meilleur stand 2025 : Galerie SCENE OUVERTE
La galerie présente des œuvres de Vincent Dubourg, Rino Claessens, Caroline Desile, Silver Sentimenti et Saraï Delfendhal.
Vincent Dubourg (1977) est un créateur de meubles.

La galerie Scène ouverte est une galerie d’objets décoratifs et de mobilier.
Prix du jury
Léonore Chastagner (fr)
« Entre Histoire de l’art à l’École du Louvre et la Sorbonne puis New York University où elle entame la sculpture, Léonore développe un vocabulaire de formes figuratives centrées sur les notions d’intimité, d’intériorité et de tendresse. Elle laisse l’argile brute et s’approprie une pratique artisanale, en oscillant entre le classique et le désuet pour aborder la notion d’attente liée au féminin. La céramique est pour moi le matériau des fouilles archéologiques, de la preuve, de la trace, de la permanence, elle me permet d’inscrire le quotidien dans la durée. L’artiste associe le féminisme à une réflexion entre histoire de l’art, artefacts et dispositif muséal. Elle intègre également des éléments personnels, faisant ainsi écho aux pratiques du journal intime et de la miniature historiquement associées aux femmes. » site Ceramic Brussels)
Née en 1992, à Nice, fille de Christine Angot et de Claude Chastagner. Aujourd’hui sculptrice – avec la céramique comme matériau de prédilection –, elle a étudié l’histoire de l’art à l’École du Louvre pendant trois ans avant de poursuivre ses études dans le cadre d’un Master à la Sorbonne et de s’envoler pour l’université new-yorkaise. Au cours de sa scolarité, la jeune femme est également passée par les bancs de l’École Nationale Supérieure d’Art à la Villa Arson, à Nice, où elle obtient un diplôme national supérieur d’expression plastique, en 2022, avec les félicitations du jury. ). Depuis 2023, Léonore Chastagner a posé ses valises à Montpellier où elle a installé son atelier et exposé au printemps dernier ( revue Elle).

invitée d’honneur Elisabeth Jaeger (1988), née à San Francisco, vit et travaille à New York, représentée par la galerie Kamel Mennour.

« Les sculptures dissonantes mais poétiques d’Elizabeth Jaeger habitent l’espace entre les catégories ontologiques – ses inflexions visuelles subtiles résistent à la définition et embrassent le riche mystère et la murkiness de notre réalité commune. »
L’artiste dit : « Mon processus de travail est de prendre la logique à sa conclusion illogique, ou une logique à sa fin irrationnelle. » ( site Kamel Mennour)
Les œuvres d’Elisabeth Jaeger étaient présentées dans des alcoves le long du couloir d’accès. L’ensemble était peu lisible.
Le stand de la galerie Kamel Mennour était consacré à Matthew Lutz-Kinoy qui présentait une série d’assiettes ( ce qui laisse entrevoir ce que Kamel Mennour pense de la foire).
Matthew Lutz-Kinoy, né en 1984 à New-York vit et tavaille à Paris (France). Il pratique différents médiums, dont la sculpture, la gravure, la céramique et la peinture.

Au cœur de la pratique de Lutz-Kinoy se trouve la performance. Influencé par les histoires de la pratique queer et collaborative ainsi que par son expérience dans le théâtre et la chorégraphie, son œuvre explore l’interaction entre les individus et les espaces sociaux. (Site Mendes Bois DM)
Oeuvres vues lors de la foire
Les oeuvres de Kristina Riska Hidden (Finlande 1960) chez Hostle Burrows (New York), galerie américaine spécialisée en céramique scandinave.
Kristina Riska (1960) est l’une des céramistes finlandaises les plus célèbres. Elle travaille, depuis les années 1980, chez Arabia à Helsinki. L’accès à des fours industriels lui a permis de produire des œuvres de grandes dimensions.

Riska explique comment son processus incarne son exploration du monde naturel. « Les idées de croissance et de croissance de l’objet sont le point de départ de la série « beewords ».
Turquiose Stack de Torbjorn Kvasbo (Norvège 1953) pour la galerie Format Oslo.

Torbjorn Kvasbo [Torbjørn Kvasbø] est un des grands céramistes contemporains norvégiens. Né en 1953, Torbjorn Kvasbo vit et travaille à Venabygd (Norvège).
« Cela fait 50 ans que je suis artiste céramiste. Mes sculptures expressives mêlent des formes tournées à la main et des cylindres d’argile que j’extrude à partir d’un moule. Pour moi, la céramique est une force brute et explosive, une énergie qui jaillit de l’intérieur. Mon travail est physiquement exigeant: je le perçois comme une sorte de naissance, une tension constante entre ce qui prend vie et ce qui disparaît. C’est au spectateur de découvrir la signification de mes sculptures: je laisse volontairement cette interprétation ouverte, afin que chacun puisse y projeter sa propre lecture. Si mon travail parvient à établir un lien entre celui qui regarde et celui qui crée, je suis comblé. »
Interview par Thijs Demeulemeester dans l’Echo du 23 janvier.
Transit Zone de Peter Aerts

Peter Aerts (1988, Anvers) est un artiste belge spécialisé dans le grès et la céramique. Son travail puis ses sources mythiques et ses expériences autobiographiques.
Il prend des blocs d’argile. Il les modèles en cherchant la sensualité des formes et de la terre. Il n’enlève ni ne rajoute rien. La série était entièrement émaillée en vert. Il avait choisi le rouge des socles.
Oeuvres d’Andres Anza (Mexique), galleria Anna Maria (Italie) solo show.

Andrés Anza est né à Monterrey, au nord-est du Mexique. Il a obtenu une licence en arts à l’université de Monterrey en 2014. Il est le lauréat du LOEWE Foundation Craft Prize 2024.
Andrés Anza : « Je travaille la céramique parce qu’il me semble logique d’utiliser ce matériau millénaire pour rendre hommage à l’artisanat mexicain dont je m’inspire de nombreux éléments. La répétition de la texture, la façon de construire un volume, l’utilisation des mains comme outils principaux sont ce qui signent véritablement l’esthétique finale de mes créations, elles en sont le vrai geste. Parce qu’en fin de compte, ce médium est lié à une pratique qui se fait en pleine collaboration avec l’argile : comme un partenaire, la matière doit rester elle-même après avoir été modelée. J’essaie de percevoir mes sculptures comme le portrait de quelque chose qui nous est familier, que nous pouvons presque placer dans un environnement que nous connaissons déjà. Pour moi, il s’agit avant tout d’une pratique de reconnaissance et de définition. Je souhaite que le regardeur se sente curieux et se souvienne que notre savoir et nos connaissances ne sont pas exhaustifs, et que nous devons être suffisamment curieux pour rencontrer l’inconnu. » interview par Maxime Gasnier dans The Steidz 21.05.2024.
Oeuvres de Jennifer Ramsay chez Nec
Jennifer Ramsay, née en Angleterre en 1962 et installée en Bretagne depuis 16 ans, a travaillé pendant 15 ans comme artiste décoratrice à Londres et à l’étranger. A la recherche d’une forme d’expression plus personnelle, elle est retournée à l’université pour étudier la céramique – une fascination qu’elle a depuis qu’elle était une jeune fille qui a grandi en Espagne et au Portugal. Ses études l’ont amenée à compléter un master en céramique et verre au Royal College of Art de Londres. Depuis son arrivée en Bretagne, elle a installé un atelier de travail et de vie. Ici, dans ce paysage rural, elle continue de développer un langage personnel à travers sa sculpture et son dessin, explorant sa curiosité pour les éléments naturels et humains de l’environnement unique dans lequel nous vivons. ( site de Ceramic Now)

Creuset de Benoît Pouplard (2025 _43 x 41 x 46 cm) chez Nec

Benoît Pouplard est l’artiste de la porcelaine et du céladon. Il ne recherche pas le « bel objet » mais la manière d’évoquer ses inspirations, les mers froides, les glaciers et les paysages extrêmes autant que la poésie solastalgique de l’effacement et du vestige. Il obtient des distorsions et des contrastes éblouissants par un traitement à la fois implacable et très réfléchi de ces deux seules matières. Depuis quelques années, le Creuset est devenu le coeur de sa démarche. (BB)
Le Creuset s’est imposé à Benoît Pouplard comme une figure idéale, à l’instar du Bol Génèse de Camille Virot ou du Cratère de Brian Rochefort, une forme qui incarne sa conception de la céramique, la portée symbolique et artistique de ses créations et le lieu où il déploie ses expérimentations. Le creuset évoque l’alchmiste aux prises avec les mutations de la matière et les combats avec le feu. Il évoque Johann Friedrich Böttger qui, à Dresde, enfermé par Auguste le Fort, découvre le secret de la porcelaine. L’alchimiste est un démiurge qui impose sa pensée à l’argile dans la douleur. Ces objets, le Bol Gnénèse, le Cratère, le Creuset, sont l’incarnation dans un vocabulaire plastique inédit, d’une idée, d’une vision et d’une conception du monde. Ils sont à la fois conceptuels et matériels. Ils sont tendus par une conscience. Le creuset est une aussi une forme canonique qui définit une règle au sein de laquelle peuvent s’épanouir d’infinies variations. Les Creusets de Pouplard sont des contenants emplis de matière, comme la terre. Ils sont une image du monde. Les tempêtes que leur impose l’artiste sont les batailles de la planète. (BB)
Achilles Leg de Carolein Smit (2024) chez Jonathan Kugel

Nautilus Shell de Carolein Smit (2024) chez Jonathan Kugel

L’oeuvre fait référence aux les coquilles de Nautilus de l’océan Indo-Pacifique importés en Europe dès le XVIe siècle où ils étaient admirés pour leurs origines exotiques et la perfection géométrique.
Self Control II Installation de céramiques émaillées 2017-2022 173 x 55 x 35 cm, de JP Racca Vammerisse, galerie Espace (Nice)
« (…) Sur un tronc d’arbre tronqué, partiellement dénudé, repose un soliflore à la forme monstrueusement organique. Cet “orgue” accueille des fleurs bien singulières… D’étranges griffes rouges émergent et adoptent une gestuelle endiablée, mal élevée et hystérique. Réunies ainsi, elles renvoient aux parterres de salle de concert où les mains dressées disent la frénésie de spectateurs exultant, en transe l’expérience du son. (…)
Spectaculaire, cette sculpture –véritable défi à l’idée que l’on se fait bon goût– emprunte son titre à la chanson éponyme de Sarah Branigan (Self Control – 1984), et plante le décor. Sa verticalité, trahi l’idéal classique d’une élévation spirituelle de l’homme liée aux utopies de la fin du XIXème et de la première moitié du XXème siècle. L’idée d’un progrèspermanent, garant d’un avenir meilleur, d’un arrachement à la pesanteur brutale et animale de l’homme (…) »
Yves Peltier
Red Tozeur (2024) – 60 x 50 x 42 cm d’Eric Croes chez Almine Rech

Le sculpteur Eric Croes (né en 1978 à La Louvière) , vit et travaille à Bruxelles
L’univers mental d’Eric Croes trouve un point culminant dans une série de céramiques qui rassemblent les concepts de jeu, de hasard, de fantasme, d’humour, d’accident. Ses œuvres incarnent nombre des questions qui sont spécifiques à l’avant-garde, mais qui restent aussi des sculptures au sens «classique» et «noble» du terme. Principalement parce que ces objets hybrides ne devraient pas freiner le désir de l’artiste de s’inscrire dans une tradition historique…. site galerie Almine Rech
Planète Fantome 2024 de Michel Gouéry pour Arsenic Galerie (Christophe de Fabry)

Très bel ensemble dont l’artiste nous laisse imaginer le sens, une famille après la catastrophe finale ? Michel Gouéry continue son exploration du futur.
Oeuvres de Claude Champy, pour la galerie Capazza : un solo show époustouflant

Des œuvres réalisées durant les 3 derniers mois. J’ai pensé au titre pour une tribune sur cette foire « Claude Champy n’est toujours pas dépassé ».
Du monde de l’art contemporain
Tasse bleue (2013) de Yuri Kuper ( Russie 1940).
Céramique émaillée, réalisée à la Tuilerie de Treigny – h. 45 x 75 x 52 cm soucoup h. 4 cm, diamètre 67 cm.

La série correspond à un hommage à Pompéï. 15 tasses réalisées en 2013 à la Tuilerie de Treigny avec Jean-Marie Foubert
« En effet, il s’agit d’oeuvres sans âge, objets de fouilles brisés et brûlés par les flammes du séisme. Enfouis sous les décombres, le temps a rongé leur matière à toutes. Parfois, il imprime sur certaines d’entre elles la symbolique judaïque comme l’évoquent « La Tasse au chandelier » ou « La Tasse à l’étoile ». La totalité des formes a été façonnée au tour d’après ses croquis. Ses mains les ont ultérieurement modelées, arrachées, torturées. La seconde cuisson n’a pu le satisfaire. Il les a reprises une à une, modifiant leur surface. S’en sont suivis ajouts, ponçages et grattages assortis d’un nouveau travail aux oxydes et d’une application chargée de glaçure et d’émail. La troisième cuisson comprenait un grand risque de casse et la réaction de la tenue des émaux semblait très aléatoire ». Yuri Kuper « a mis tout son art, son cœur et sa force dans cette création quasi impossible. Ce travail pompéien, pour reprendre son qualificatif, s’inscrit dans sa création d’objets usuels, courants, oubliés par le temps… » (Véronique Chemla)
Laokoon I 1986 40 x 25 cm de Markus Lûpertz (Allemagne 1941) pour la galerie Pierre-Marie Giraud

LAOKOON I
Sculpture en argile, matériau que Lüpertz utilise pour créer des figures
humaines, des bustes ou des éléments plus abstraits, avec un fort accent sur
la matière elle-même et la texture qui en résulte.
Signée, monogrammée à la base.
Pièce unique. 1986
Dimensions: Hauteur : 45 cm Longueur : 40 cm Largeur : 25 cm
Exposition: Markus Lüpertz : Skulpturen in Ton, Oktober – November 1986, Galerie Maeght Lelong, Zurich
(photo et informations fournies par Michel Giraud)
Pourquoi mettre en exergue ces deux œuvres ?
Les auteurs sont deux artistes, peintres et sculpteurs, renommés, dont les formes d’expression sont connues et affirmées. Ce sont des personnalités importantes du monde de l’art.
Ces artistes ont éprouvé le besoin s’exprimer à travers la céramique recherchant dans les objets en volume et dans le matériau, un pouvoir d’expression spécifique.
Les œuvres appartiennent à la fois à leur vocabulaire formel respectif et au travail de l’argile. Ils se sont emparés de la céramique et, par le choix des formes, le modelage et les couvertes, l’ont transfigurée. Les céramiques deviennent un constiruant de leur univers, à la fois semblable et différent.
Ces œuvres apportent leur propre lecture de l’histoire de l’humanité et de l’histoire de l’art, Pompéi et les ruines pour Yuri Kuper, la redécouverte de l’art antique à travers le Laocoon pour Markus Lûpertz. Dans les deux cas, le temps retrouvé et la mémoire sont au coeur de leur réflexion.
La Tasse et sa soucoupe de Yuri Kuper sont surdimensionnées. La Tasse conserve la forme d’une tasse. Elle possède une anse. Elle est un contenant. Elle présente un extérieur et un intérieur. Tasse et soucoupe sont abimées, les rebords ébréchés témoignent de l’usure d’une utilisation humaine ou d’un long séjour dans l’oubli. La Tasse n’est pas cassée. Elle est patinée mais intacte. Pour elle, la vie s’est brusquement arrétée. Les cendres se sont déposées mais ne l’ont pas brisée. Par ses dimensions augmentées, l’objet d’usage devient l’être qui l’utilise. La couverte est un camaïeu de gris et de bleus, qui rappelle les tableaux de Yuri Kuper. Elle est constituée de différents émaux, mats ou brillants, avec reliefs et coulures. Elle se confond avec les cendres qui l’ont recouverte. L’émaillage, lui même, conte le temps long. La céramique, conçue par l’artiste, gagne un surcroît de pouvoir expressif. Le matériau est sublimé.
Laokoon est une sculpture, massive, ramassée dans une argile grossière tailladée. L’oeuvre n’est pas émaillée, l’argile, brute, respire l’énergie de la matière. Elle est posée sur un socle qui en est partie intégrante. Elle est constituée d’un corps au puissant modelage, qui est aussi une mise en valeur de la matière pour la matière. Elle se termine par un visage déformé et creusé, légèrement incliné. Markus Lüperz l’a nommé Laokoon rappelant la sculpure grecque, qui, depuis la découverte, en 1506, de sa copie romaine en marbre, est dévenue une référence mythique. Il s’inscrit ainsi dans une longue histoire où s’entrechoquent l’Antiquité, la Renaissance, les Lumières, l’art et la littérature. Le groupe du Laocoon est à l’origine d’ouvragesqui ont marqué l’histoire de l’artet d’interprétations par de nombreux artistes. Le marbre de Rome représente le prêtre et ses fils attaqués par des serpents. Markus Lüpertz a retenu uniquement la figure centrale du prêtre possédé de frayeur et de douleur essayant d’échapper à l’agression. Par là, il capte une apogée de la tension que peut produire la sculpture. L’argile ajoute sa propre expressivité de rudesse primitive.
Conclusion
Ce compte-rendu n’est pas une analyse exhaustive. Il est le résultat de deux demi-journées de visites qui ne permettent pas d’accorder du temps à tous les stands ni tous les atistes. Il est subjectif. Il est personnel. Il n’engage pas le Club des Céramophiles. Il ne cite pas tout le monde alors que d’autres, artistes, galéristes, œuvres, le mériteraient. La sélection relève quelques exemples. Les remarques cherchent à tirer quelques tendances dominantes. Elles courent le risque donner une vision schématique.
Céramic Brussels est une innovation centrale dans le paysage céramique. Cette deuxième édition confirme la réussite du projet. Ceramic Brussels confère aux galeries présentant des œuvres céramiques, une nouvelle visibilité. Ce faisant, elle reconnaît leur investissement. C’est un bouleversement profond du marché et des formes de reconnaissance de la création céramique. Cette foire, consacrée exclusivement à la céramique rassemblant des galeries, pose la question des critères d’appréciation et d’évaluation de la création. Y a-t-il des caractéristiques propres à la céramique ? Lesquelles ? Quels rapports entre le prix et la qualité ?
D’un coté, que deviennent les lieux (marchés de potiers) où les artistes vendent directement ? Comment doivent-ils se positionner à l’avenir ? Coemment seront-ils perçus ? Quelles consséquences pour l’évaluatuion de la création ? D’un autre coté, si l’objectif est de faire admettre la création céramique comme un des beaux-arts, la foire est-elle une étape vers la reconnaissance de la céramique par le monde de l’art ?