Evénement

Nicolas Rostkowski raconte ses souvenirs d’Albisola à l’occasion de l’exposition réunissant Maria Papa Rostkowska et Wilfredo Lam

  • Date : Du 15 Jan 2026 au 7 Feb 2026..
Maria Papa Rostkowska Plat 1960 diamètre 42 cm

La galerie Daine de Polignac, dirigée par Mathilde Gubanski, a organisé une exposition Maria Papa Rostkowska & Wilfredo Lam, imaginaires croisés – Albisola et au-delà.

Cette exposition présentait des sculptures de marbre, devenu son matériau de prédilection, de Maria Papa mais aussi cinq œuvres de céramique, quatre panneaux muraux, un plat et une forme en volume lacérée Ces œuvres étaient mises en perspective avec deux plats de Wilfredo Lam. La sculpture et le plat, aux reliefs puissants, témoignent d’une plongée impétueuse dans le travail de la terre. Les échanges avec Fontana n’ont pas été sans conséquence. Ils laissent entrevoir une forte personnalité qui saura canaliser sa violence dans la douceur du marbre.

L’exposition est accompagnée catalogue bilingue , beau par la maquette, le papier et les reproductions des œuvres, et qui contient un texte passionnant et très émouvant de Nicolas Rostkowski. Il y raconte l’arrivée de sa mère et de lui même à Albisola et la vie quotidienne dans cette ville consacrée à la céramique. En voici un extrait.

Bernard Bachelier

Albisola et au-delà

souvenirs d’un adolescent venu de l’autre côté du « rIdeau de Fer »

Nicolas Rostkowski

« Nous franchîmes les Alpes le mercredi 29 juin 1960. Ma mère au volant de sa Simca Aronde couleur vert pâle et moi en passager anxieux de découvrir cette Italie dont elle m’avait tant parlé, ce lieu magique : Albisola…

Ma mère m’avait expliqué le déroulement d’une journée type à Albisola. Elle commençait par un rapide bain de mer suivi d’une promenade à pied jusqu’à l’atelier de céramique de Tullio Mazzotti, à la jonction d’Albisola Superiore et d’Albissola Marina. C’était une longue salle où chacun des artistes avait son poste de travail. Au fond se dressait un dépôt d’argile à leur disposition. Au milieu se trouvait un tour de potier actionné par un artisan. En effet, chez Tullio Mazzotti on fabriquait aussi des vases et autres objets en céramique. Le poste de travail de ma mère était adjacent à celui de Lucio Fontana qui, céramiste confirmé, lui donnait quelques conseils amicaux.À l’époque il travaillait sur d’énormes « boules trouées » qu’il appelait les « Concetti Spaziali ». Un peu plus loin se trouvait le poste de travail de Giuseppe Capogrvossi qui créait surtout des bas-reliefs, et ceux de Milena Milani et d’Emilio Scanavino… Wifredo Lam lui, travaillait dans un autre atelier, celui de Ceramiche San Giorgio. Ma mère me précisa qu’il passait souvent chez Tullio Mazzotti et qu’ils étaient très amis.

Après le déjeuner, la sieste était de rigueur. Pendant l’une de ces siestes je fus confronté pour la première fois de ma vie à un tremblement de terre. Je vis danser le petit tabouret au milieu de ma chambre… Les murs tremblaient… Avant l’arrivée en France, j’avais pu ressentir une sensation semblable à Varsovie en juin 1956, lorsque les chars soviétiques traversaient la ville en direction de Poznan pour réprimer l’insurrection des ouvriers qui avaient l’audace de se révolter. À Albisola et en général en Ligurie, les tremblements de terre étaient un phénomène naturel assez fréquent.

Au cours de l’après-midi, c’était le retour dans l’atelier de Tullio Mazzotti et deux bonnes heures de travail. Après, les artistes, les collectionneurs et les critiques d’art présents à Albisola se retrouvaient sur la terrasse du bar Testa, au centre d’Albisola, sur l’avenue qui longeait la mer. Généralement, Tullio Mazzotti se plaçait au centre de l’assemblée. Marinetti lui avait donné le surnom de Tullio d’Albisola, tant le personnage, qui était aussi poète, était alors connu et respecté dans toute l’Italie. Il était assez corpulent et protégeait son ventre d’un pull blanc en cachemire, ce qui contrastait avec la mode en vigueur consistant à porter les chandails sur les épaules. San Lazzaro et ma mère se plaçaient autour de lui, accompagnés des artistes qui travaillaient chez Tullio. Les autres arrivaient peu à peu : Wifredo et Lou Lam, Asger Jorn, César quand il était de passage, et parfois Marino Marini – grand seigneur de la sculpture – avec son épouse Marina : avant leur déménagement dans les environs de Pietrasanta ils possédaient une maison proche de Finale Ligure, non loin de Savone. Roberto Crippa arrivait au volant de sa Giulietta Alfa Romeo rouge vif, suivi de Piero Manzoni… On attendait toujours l’arrivée de Carlo Cardazzo et de Milena Milani, sa compagne de longue date, non seulement céramiste mais aussi autrice des nombreux livres sur la condition féminine. Pendant les week-ends Cardazzo et Milena arrivaient toujours en retard, visiblement épuisés par leur interlude champagne et amour… Puis tout le monde se dispersait. »

 

Maria Papa Rostkowska & Wilfredo Lam, imaginaires croisés – Albisola et au-delà.
Maria Papa Rostkowska & Wilfredo Lam, imaginaires croisés – Albisola et au-delà.

 

Le catalogue contient aussi un texte de Lydia Harambourg sur la célèbre réunion des artistes Cobra à Albisola durant l’été 1954 à l’invitation d’Asger John