Les dernières créations de Claudi Casanovas évoquent, pour Arnauld de L’Epine, Paul Klee et Le Greco

Claudi Casanovas Fumarola R

publié le 9 février 2026.

Les dernières créations de Claudi Casanovas ont impressionné ceux qui les ont découvertes à la galerie Capazza lors de Paris Art Fair. On les retrouvées à Ceramic Brussels à la fois chez Capazza et dans la galerie catalane, Tramuntana.

Cette découverte a suscité pour Arnauld de L’Epine, un rapprochement avec l’Angelus Novus de Paul Klee et avec l’oeuvre du Greco . Il nous a transmis son texte que vous trouverez ci-dessous

Un texte d’Arnauld de L’Epine

« Les Fumarolas de Claudi Casanovas ouvrent un ciel comme chez le Greco »

« Ceux qui ont pu voir le stand de la galerie Capazza à Paris lors de la Modern Art Fair en octobre 2025 ont été nombreux à être « saisis » par la découverte des nouvelles sculptures de Claudi Casanovas. La puissance auratique des trois œuvres présentées était en effet tout à fait impressionnante, à savoir l’une dénommée Altes (183x67x57cm ) et deux autres dénommées Fumarolas (l’une 125x66x50cm), faites en un seul bloc.

Cette aura de ses sculptures était telle qu’elle pouvait être rapprochée de ce qu’avaient pu ressentir ceux qui pour la première fois ont été en présence de l’Angelus Novus de Paul Klee réalisé en 1920, œuvre acquise par Walter Benjamin en 2021 et qui ne l’a jamais quitté. Ce rapprochement s’impose, et Claudi Casanovas auquel j’ai exprimé cette analogie le confirme ; cela démontre sa volonté et sa capacité d’inscrire son travail en rapport avec les faits de notre époque sur la base de réalisations d’œuvres dissonantes suscitant des questions au sein du fracas du monde de notre époque – cf.  par exemple son « Hommage aux Vaincus » au sein de la ville d’Olot -.

Sa pensée et sa pratique ont été fortement influencées par la théorie du médium de l’imagination élaborée par Walter Benjamin dès les années 20 en vue de susciter des formes dans une dialectique d’apparitions et de disparitions. Elles constituaient pour lui une allégorie de ces moments historiques produisant des « fulgurances » , lesquelles témoignent d’un monde terrestre en perpétuelle fugacité.

Paul Klee avait su réaliser cette œuvre symbolique qu’est l’Angelus Novus en tant qu’ « image-pensée » affirmée par la force d’un dessin gestuel aquarellé ; or, nous pouvons voir dans ces Fumarolas le même esprit pour exprimer les forces de destructions et en même temps d’espoirs de régénérescence par l’expressivité d’une matière façonnée par une puissance gestuelle s’appuyant sur des moyens techniques éprouvés et sans cesse renouvelés ; ainsi ces Fumarolas semblent en lévitation tout en étant sous la menace d’une retombée et de dissolution. Dès lors, au-delà du vent de l’histoire tel que s’est exprimé Walter Benjamin à partir de cette image dialectique de Paul Klee, Claudi Casanovas nous ait ressentir au vu de ces Fumarolas les fulgurances des forces ondulatoires et invisibles de l’univers du monde terrestre et des puissances souterraines se soulevant de temps à autres.

Paul Klee Angelus Novus 1920 31,8 x 24,2 cm
Paul Klee Angelus Novus 1920 31,8 x 24,2 cm

Ces sculptures produites en symbiose avec le feu et les diverses traces de la flamme sur ces mélanges de matières « volcaniques » nous font percevoir la puissance d’une force sculpturale nous éloignant de la stabilité de la forme propre à ce qu’a été longtemps la tradition sculpturale comme celle de la peinture. Elles nous semblent en effet en mouvement, ce qui leur donne une présence et un aspect de force de vibration de la matière au sein de l’espace environnant, d’où le nom donné à une partie d’entre elles Fumarolas.

Dès lors, par rapport aux récentes séries, montrées en 2023 et 2024, ce ne sont plus des formes en fusion sortant de terre mais restant en lien avec le monde souterrain, mais des Fumarolas émanant de la force tellurique de terre s’échappant dans l’atmosphère. Dans toutes ces séries, Claudi Casanovas nous montre à quel point son rapport à la matière est d’une telle intensité qu’il arrive à nous communiquer l’énergie que celle-ci recèle. En cela, ils sont peu nombreux les artistes capables de nous donner les mêmes sensations . Citons à cet égard Claude Champy, Anne Verdier…..
Ainsi, j’interprète ces Fumarolas comme constituant des médium d’imagination et de pensée susceptibles de nous rendre sensibles à la matière même de l’espace et du temps , c’est-à-dire aux forces émanant de notre environnement terrestre et cosmique face au vent de l’histoire.
Ces œuvres nous rendent sensibles à un souffle et à une respiration dont nous avons tant besoin face aux dérives d’un monde de plus en plus hors-sol devenant de plus en plus machinique et computationnel et menant à une déshumanisation de l’être.

Ces Fumarolas semblent des formes et forces symboliques de régénérescences possibles alors que le développement de l’IA générative développe des artefacts et clichés qui anéantissent tout imaginaire et toute sensibilité et, qui plus est, toute singularité de faire et de penser. La puissance gestuelle imprégnant ces Fumarolas “ouvrent un ciel, comme chez le Greco ainsi que le fait remarquer Georges Didi-Huberman évoquant l’affirmation de Walter Benjamin en la rapportant à l’Angelus Novus de Paul Klee .

Arnauld de L’Epine
La Motte, ce 10/11/2025

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Je joins un reportage à l’atelier de Claudi Casanovas, publié en juillet 2014 dans la Revue de la Céramique et du Verre

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