Johan Tahon, le sculpteur flamand qui a rencontré le Pape François, expose à la galerie NeC, l’interview pour préparer cet événement exceptionnel

Johan Tahon Metanoia 2020 détail fotograaf Lieven Herreman

publié le 6 mars 2026.

Double Mercure  du 6 mars au 11 avril 2026 galerie NeC 20 rue des Coutures Saint-Gervais Paris 3e 

Johan Tahon Exposition Double Mercure galerie NeC 6 mars 11 avril 2026
Johan Tahon Exposition Double Mercure galerie NeC 6 mars 11 avril 2026

 

Glacier Monks Johan Tahon au Musée Ariana 2019 à Genève - fotograaf Gert Jan van Rooij
Glacier Monks Johan Tahon au Musée Ariana 2019 à Genève – fotograaf Gert Jan van Rooij

Johan Tahon  expose à la galerie NeC. Johan Tahon est un sculpteur belge flamand, né en 1965, à Menin, de renommée internationale. Il est peu connu en France, même si le Fonds d’Art Contemporain de Paris possède deux œuvres Mémoria I et II. Il n’a eu, à Paris, qu’une exposition en 2016, restée confidentielle. Or, Johan Tahon a bénéficié de grandes expositions, en Belgique, aux Pays Bas, en Allemagne, en Turquie, en Suisse où il a eu un atelier. Le musée Ariana de Genève lui a consacré une exposition personnelle en 2019. Johan Tahon est l’auteur d’un univers singulier de personnages pensifs et de pots inspirés des Albarello. Il puisse son inspiration dans l’histoire de l’art et dans une spiritualité attirée par les mystiques. En 2021, il avait reçu une commande de 7 sculptures par l’ordre des Jésuites. A cette occasion, il avait été reçu en audience privée par le Pape François.

Il m’a accordé une interview qui permet de mieux comprendre sa démarche exposition

Cher Johan, tu vas exposer à partir du 5 mars à la galerie Nec ; Tu as un riche parcours international. Curieusement, les parisiens te connaissent peu. Quels sentiments éprouves tu en pensant à cette présentation au public français ?

Pour moi Paris est la capitale de la culture et de l’art. Pour nous Belges, c’est un peu, une autre capitale de la Belgique J’y viens régulièrement, J’aime Paris. J’écoute France Culture toute la journée. Je suis imprégné de culture française. Et puis en tant que sculpteur, Paris, c’est Rodin, Brancusi, Bourdelle, des artistes qui m’ont énormément marq ué, qui sont une source d’inspiration et de références dont la fréquentation est, pour moi, essentielle.

Tu es Flamand, tu vis et travaille en Flandres, c’est bien ça ?

Oui mais l’origine de ma famille était normande. Il y a un village en Normandie qui s’appelle Thaon. Seule la position de la lettre h diffère. Mes ancêtres ont émigré en Flandres au 16e siècle. C’étaient des pêcheurs de père en fils, à La Panne. C’était un métier difficile car La Panne n’a pas de port en eau profonde. Les pêcheurs sont dépendants des marées. Le premier à avoir quitté la pêche est mon grand-père qui a ouvert un restaurant. Mon père est entré dans l’enseignement, jusqu’à devenir directeur d’école. Hélas, il a eu des problèmes avec l’alcool. Je n’ai pas de bons souvenirs de mon enfance. J’ai commencé à sculpter dès mon adolescence. C’était une façon de m’échapper, de m’isoler, de me créer un monde personnel. La sculpture m’a sauvé.

Tes sculptures représentent des personnages tourmentés au corps déformé à l’expression pensive. Que veux tu exprimer ?

On ne peut créer que ce que l’on est. Çà part de soi. Ma sculpture est introspective. Elle participe d’une cicatrisation, d’une convalescence. Mais c’est aussi un sorte d’amour. En sculptant, je recherche le moment où ce personnage que je tiens entre mes mains, c’est lui, c’est moi, Je l’aime. C’est un langage sans mot. Il n’y a ni esthétique ni exotisme. Mais c’est peut-être cela qui peut lui donner une portée universelle. Mes sculptures ne sont pas des portraits. Elles ne représentent personne en particulier. Elles évoquent des sentiments, d’angoisse, de douleurs, mais aussi d’espoir, que tout le monde éprouvent à un moment dans sa vie. Je voudrais qu’elles apportent un apaisement réparateur.

Pourquoi as tu choisi la céramique ? Qu’est ce qu’elle t’apporte de spécifique ?

La céramique est synonyme d’énergie et de liberté. La terre possède une puissance propre. Elle transmet une énergie qui vient du fond des ages. . Et puis, c’est un processus de transformation. Je suis toujours surpris du résultat. Je me laisse la possibilité de faire des erreurs et d’accepter le résultat qui peut ouvrir une voie nouvelle. Mes sculptures ne cherchent pas la perfection formelle. J’aime l’accident. C’est là qu’affleure l’humain, que l’on se rapproche de l’âme.

Pourquoi privilégies tu l’émail blanc ?

Le blanc absorbe la lumière et la réfléchit. La blanc est à la fois humble et archaïque. Le blanc est essentiel, le bleu est plus sensuel. Mes couvertes ne sont jamais complètement blanches. Elles contiennent des coulures, des nuances, des inégalités. Ils arrivent qu’elles laissent apparaître le terre. Elles sont comme la vie.

Tu m’incites à te poser la question de la spiritualité. Qu’est ce qu’elle représente pour toi ?

La spiritualité m’est nécessaire. Elle est très importante dans ma vie. Je m’efforce de laisser parler le subconscient. Je suis passionné par les thèses Carl Gustav Jung, le psychanalyste de l’inconscient collectif et du langage des symboles. Le subconscient est une source d’inspiration. Il faut le laisser parler dans l’atelier pour que les symboles s’expriment, pour que naissent de nouvelles associations. L’art est poésie.

On en vient à ce moment exceptionnel. Tu as rencontré le Pape François en audience privée. Tu lui a offert une sculpture. Ce n’est pas arrivé par hasard. Car cet événement est l’aboutissement d’une quête spirituelle même si tu ne pouvais imaginer qu’elle irait jusque là . Peux tu nous raconter ?

Johan Tahon Metanoia 2020 fotograaf Lieven Herreman
Johan Tahon Metanoia 2020 fotograaf Lieven Herreman

En fait, tout part d’un mon intérêt pour les mystiques et en particulier pour Ignace de Loyola. Je suis allé à Loyala où j’ai eu l’impressiond’être connecté avec le grand mystique. Dans mon enfance, la découverte de l’Agneau Mystique des frères van Eyck dans la Cathédrale Saint-Bavon à Gand m’avait fasciné. Les yeux de l’Agneaux sont des yeux humains. Aujourd’hui, mon atelier est dans l’église du XIe siècle de Rozebeke. J’ai des amis dans l’ordre des Jésuites. Lors d’une visite à mon atelier, un de ces amis a ressenti la convergence d’une de mes œuvres, nommée Metanoïa, avec l’esprit et la vie de Saint-Ignace. Métanoïa est un mot grec qui veut dire changement de comportement en vue d’une vie meilleure. Or Ignace de Loyola, qui était militaire, a décidé de changer de vie et de se consacrer à Dieu au cours de la convalescence qui suivit une blessure au combat. Le saisissement de mon ami jésuite fut si fort qu’il fit partager sa conviction à sa hiérarchie et qu’elle remonta jusqu’au supérieur de l’ordre qui en parla au Pape François, qui, comme vous le savez, était un jésuite.

 

 

Johan Tahon - Rencontre avec le Pape François 28 mai 2021 fotograaf Vatican Press
Johan Tahon – Rencontre avec le Pape François 28 mai 2021 fotograaf Vatican Press

Comment s’est passée ta rencontre avec le Pape François ?

J’ai reçu une invitation de la part du secrétaire particulier du Pape. J’avais envoyé 2 sculptures, l’une pour le Pape, l’autre pour les Jésuites. Le jour de l’audience, je retrouve la première en rejoignant le supérieur général Arturo Sosa et le Cardinal qui devaient m’accompagner chez le Saint Père. Au moment d’entrer dans le palais pontifical, le garde suisse interdit l’entrée du chariot et mes accompagnateurs me laissent porter la sculpture à travers un dédale de couloirs et d’escaliers. Arrivés devant la salle d’audience du Pape, nous attendons dans le couloir. La tension est extrême. Tout à coup, le Pape François apparaît. Il sourit avec bienveillance et toute tension disparaît. Il regarde la sculpture, la caresse et affirme l’importance qu’il accorde aux œuvres d’art porteuses de spiritualité. Le Pape me raccompagne en disant « Priez pour moi ». A cette époque, il marchait encore mais boitait et on sentait qu’il souffrait. Lors de la montée, je n’avais pas pu admirer les peintures des plus grands peintres de la Renaissance qui ornent les plafonds et les murs. J’étais pris par l’effort et par l’émotion. C’était cathartique, J’eus une sorte de vision de toutes les fautes de mes ancêtres. Ce fut comme si je les nettoyais, comme si je les effaçais. Lorsque nous fumes redescendus, le Cardinal me dit «  je vous ai laissé porter votre sculpture car je voulais que parcouriez le même chemin et que vous ressentiez les mêmes émotions que Raphaël ou Michel Ange lorsqu’ils allaient présenter leurs esquisses au Pape ».

propos recueillis par Bernard Bachelier à Paris le 7 février 2026

Johan Tahon Monk Installation in Sint-Baafshuis te Gent 2025, expo Into The Eyes fotograaf Jean Godecharle -
Johan Tahon Monk Installation in Sint-Baafshuis te Gent 2025, expo Into The Eyes fotograaf Jean Godecharle

 

Johan Tahon Double Mercure - fotograaf Jonathan de Waart
Johan Tahon Double Mercure – fotograaf Jonathan de Waart