A Giroussens, l’exposition Forme et Force honore la fidélité de Pascal Geoffroy à ses passions, le feu, le shino, le Japon et témoigne de sa capacité de renouvellement

Paroi 47 x 37 cm Pascal Geoffroy exposition Force et Forme 14 février 12 avril 2026 Giroussens

publié le 6 avril 2026.

Pascal Geoffroy exposition Forme et Force Centre Céramique Contemporaine de Giroussens 14 février- 12 avril 2026

Pascal Geoffroy avait invité Louis-Bernard Zadjela avec qui il enseigna à l’école Olivier de Serres. Hélas, Louis-Bernard Zadjela disparut, frappé par une maladie foudroyante, quelques jours avant l’ouverture de l’exposition. Je me souviens avec émotion de nos échanges pour préparer l’article que j’avais publié dans la Revue de la Céramique et du Verre sur l’enseignement à Olivier de Serre. Les œuvres de Louis-Bernard Zadjela présentées à Giroussens sont un hommage au céramiste. La suite de mon article porte sur Pascal Geoffroy

L’exposition présente plus de 100 œuvres de Pascal Geoffroy montrant la grande diversité des formes. Elles sont désignées par séries, provenant de leur forme, parallélépipèdes, vagues, coupes, ou de ce que serait leur fonction éventuelle, bouteilles, boites, flacon. Les vases, nombreux, sont distingués par termes japonais, qui évoquent des formes ou des images, sakana signifie poisson,  sankaku triangle, musume jeune fille ou  le façonnage comme les vases ruban. Lekurinuki est une technique japonaise qui consiste à tailler la terre. Le  mizusashi est le récipient à eau froide de la cérémonies du thé . Le terme de Paroi désigne, en fait, des contenants effilés que l’on pourrait considérer comme des vases plats. Les Moon Jar évoquent les poteries traditionnelles coréennes.

Le choix de ces noms est important car il révèle les références de Pascal Geoffoy, fasciné par la civilisation et la culture japonaises. Son approche du Japon est globale, il cultive les bonsaïs et pratique l’art martial de l’aïkido. Il s’est adonné à la calligraphie japonaise pendant 10 ans . Il se rend souvent au Japon où il rencontre les potiers japonais. La société japonaise a séduit les céramistes français car la distinction entre les Beaux-Arts et les arts appliqués ne fait pas partie de sa culture historique. Les potiers sont reconnus à l’égard des grands artistes.

L’exposition offre une grande homogénéité formelle que lui confèrent le traitement de la matière, les effets de la cuisson, les empreintes du feu et le recours à l’émail shino. Les Météorites constituent des pièces maîtresses, comme le suggère la place centrale que la scénographie accorde à la série des six exemplaires. Elles appartiennent au même vocabulaire. Mais l’intention diffère. Ce que semble confirmer le fait que l’artiste ne les confonde pas avec les Moon Jar. Elles illustrent plutôt une vision cosmique qui libère une puissance expressive plus violente. Elles évoquent les formes analogues de l’artiste Lucio Fontana  qu’il nommait Concetto spaziale. Natura, soulignant  le lien entre l’espace et la nature.  Ces Météorites donnent lieu à des variations des traitements de surface qui montre l’ampleur du talent de Pascal Geoffroy. Elles ouvrent la voie à  de nouvelles recherches formelles. On a envie de suivre les évolutions futures.

Pascal Geoffroy se revendique comme potier. Il insiste sur l’importance du choix de la terre et de sa préparation. Les formes proviennent du façonnage et de l’énergie qu’il déploie en travaillant l’argile. Il n’empêche que la diversité et la richesse des formes que l’on trouve ici témoignent de la capacité de l’artiste à renouveler ses créations en recourant aux mêmes paramètres, les cendres, les flammes et les émaux, notamment l’émail shino. Le dialogue avec le feu est déterminant mais celui qui choisit de livrer au feu des Météorites ou des Vagues, c’est l’artiste. Il n’en attend pas le même résultat. C’est un enseignement majeur de cette exposition.

Pascal Geoffroy pratique la céramique depuis sa jeunesse. Il est installé dans le Larzac depuis 1991. La découverte des shino japonais, lors de l’exposition, en 1998, du maître japonais du shino contemporain, Osamu Suzuki, à l’espace Mitsukoshi, à Paris a marqué un tournant essentiel de ses recherches. Il a construit son four anagama en 2000. Il est ainsi devenu le maître français de l’émail shino. Sa vie de céramiste a été consacré à l’approfondissement d’une voie dont il n’a jamais dévié. Pascal Geoffroy appartient à cette génération de la matière, que j’appelle celle de l’expressionnisme abstrait illustrée par Claude Champy ou Bernard Dejonghe. Lui, c’est face aux tableaux d’Antoni Tapiès qu’il faudrait le confronter. Pascal est fasciné par le Japon mais son esthétique ne doit pas oublier ce qu’il doit au paysage du Larzac.

Pascal Geoffroy est un ami. Il m’a beaucoup appris. Ma compréhension des bols et ma collection ne seraient pas ce qu’elles sont sans lui. Je l’ai rencontré, la première fois à un marché de potiers à Saint-Avit, avant d’aller discuter avec lui à Saint-Sauveur-du-Larzac. J’avais pubié un article dans la Revue de la Céramique et du Verre en 2010. Les visites à Saint-Sauveur furent toujours des moments importants, à la fois amicaux et riches d’enseignement. Pascal Geoffroy avait organisé un séminaire de plusieurs jours sur le shino, en 2008, à Giroussens. Il avait invité des céramistes du monde entier. Ceux qui ont eu la chance d’y assister s’en souviennent. C’était passionnant

 

Pascal Geoffroy exposition Force et Forme Centre Ceramique Contemporaine de Giroussens 14 fevrier 12 avril 2026 vue generale
Pascal Geoffroy exposition Force et Forme Centre Céramique Contemporaine de Giroussens 14 fevrier 12 avril 2026 vue générale