Evénement

Michel Ange Rodin Corps vivants au Louvre, une source d’inspiration pour l’art du corps et pour les atouts de l’inachevé

anonyme Main gauche dite La Main de Michel-Ange vers 1580 terre cuite moulage Victoria et Albert museum Londres exposé au Musée du Louvres mai 2026
anonyme Main gauche dite La Main de Michel-Ange vers 1580 terre cuite moulage Victoria et Albert museum Londres exposé au Musée du Louvres mai 2026

Auguste Rodin modelait l’argile ou le plâtre. Mais il ne s’agit pas de le « récupérer » pour la céramique. Il est sculpteur et son objectif est de produire ses œuvres en marbre ou en bronze. Il reste attaché aux matériaux nobles.

Michel Ange Rodin au musée du Louvre 15 avril 20 juillet 2026

légende de la photo mise en avant :  anonyme Main gauche dite La Main de Michel-Ange vers 1580 ? terre cuite, moulage,  Victoria et Albert Museum Londres exposé au Musée du Louvre mai 2026

En revanche, le titre de l’exposition porte en deuxième proposition, les mots « Corps vivants ». Marc Bromand un cocommissaire avec Chloë Ariot précise : « nous tenions beaucoup ( à ce sous-titre) car il souligne ce qui fonde l’oeuvres des deux artistes : le corps. Il s’agit d’un corps qui n’est pas uniquement le reflet de sa matérialité visuelle, de sa surface mais au contraire d’un corps d’homme ou de femme saisi dans ce qu’il représente de fondamental : la vie, l’action, l’intériorité de l’âme. » ( interview dans Grande Galerie printemps 2026 ) . Le corps est un thème central de la création contemporaine. Il détermine les recherches d’Elsa Sahal, de Marc Alberghina ou Sandra Zeenni Les Odora du Femina sont les formes iconiques de Johan Creten . Le corps est une source d’inspiration et d’interprétation pour Johan Tahon ou Gabrielle Wambaugh. L’exposition privilégie le corps pour le corps. Michel-Ange et Rodin ont réalisé des portraits d’hommes ou de femmes illustres, historiques, David ou contemporains, Balzac. Ils ont personnifié des attitudes comme le Penseur. Mais ils ont aussi étudié les corps pour eux mêmes. Les modèles, anonymes, sont des prétextes, les titres des alibis . Michel-Ange déforme le corps des Esclaves et le place en déséquilibre lui conférant ainsi le mouvement et la vie. Galatée est une évocation de la jeunesse mais c’est d’abord avec corps de femme charnel et sensuel. Incarner des corps constitue un enjeu fondamental que les céramistes rêvant de sculpture être plus nombreux à affronter.

L’exposition insiste sur le thème du non finito, l’inachevé, « une manière de laisser visibles dans la sculpture, les étapes du travail, la trace des outils, qu’il s’agisse de la pointe ou des ciseaux. Grâce à ce procédé, les figures semblent surgir de la matière. Ce thème occupe une place centrale dans l’exposition car il est intrinsèquement lié au mode de création de Michel-Ange et Rodin. Quand on regarde les Esclaves apparaissent des parties complètement achevées, polies et d’autres dans lesquelles les traces d’outils sont tout à fait visibles. Et Michel-Ange, s’il cesse d’y travailler, ne les abandonne pas pour autant dans son atelier et choisi de les donner à Roberto Strozzi. Il estime que ces œuvres peuvent avoir leur vie propre, qu’elles sont pour ainsi dire « achevées » du point de vue artistique. » ( Marc Bromand, interview dans Grande Galerie printemps 2026 ) . Ce procédé chez Michel-Ange et Rodin est délibéré et contrôlé. Il n’est pas laissé au hasard. Ce n’est pas un accident de fabrication. Ce n’est pas non plus un socle dont l’aspect contrasterait avec la sculpture proprement dite. En fait, cette question du non finito peut être interprétée de deux façons, celle privilégiée par Marc Bromand dans le texte ci-dessus, c’est à dire, la visibilité des étapes du travail dans l’œuvre finie. C’est une manière que l’on retrouve dans la céramique contemporaine, rendre perceptible l’histoire de l’objet, Claude Champy en joue avec talent. L’autre interprétation est de mettre en scène l’extraction de la forme de l’informe. C’est plutôt celle de Rodin dans des œuvres comme la Pensée ou l’Homme et sa Pensée. L’artiste fait surgir l’art de la matière brute. C’est une façon de magnifier l’homme en tant qu’être pensant. Dans la création céramique contemporaine, il existe un exemple analogue, celui des Bols genèses de Camille Virot. Le bol, forme humaine par exemple, émerge du chaos. Les Bols genèses sont une des réalisations à la fois formelles et conceptuelles les plus innovantes de la création céramique du début du 21e siècle.

Camille Virot Bol-genèse 2011 h 29 d 10 cm musée des Beaux-Arts de Lyon collection Bernard Bachelier
Camille Virot Bol-genèse 2011 h 29 d 10 cm musée des Beaux-Arts de Lyon collection Bernard Bachelier