Benoît Decron, avant de quitter la direction du musée, avait proposé à Bernard Dejonghe de présenter quelques unes de ses œuvres dans le parcours permanent du musée Soulages à Rodez. L’exposition, inaugurée 22 novembre 2025 est visible jusqu’au 22 mars 2026. Le morceau de bravoure de l’exposition est donné par les sept Areshima alignés devant un immense polyptique horizontal du peintre. Ils sont placés à l’horizontal dégagés du sol, se relevant légèrement vers le tableau dans une attitude de respect ou de prière. L’exposition est intitulée “Autres Noirs”. Les Areshima ne sont pas noirs. Ils sont recouverts de plusieurs couches d’émail ou apparaissent des bruns, des rouges et des verts. Ils ne s’agit pas non plus d’une série captant la lumière à différents moments de la journée comme les cathédrales de Claude Monet. La lumière artificielle est fixe et c’est le visiteur qui, en se déplaçant, comme pour les Outre Noirs, modifie l’apparence de l’œuvre. Ce que partagent Soulages et Dejonghe, c’est l’importance accordée à la matière et à la façon d’en révéler l’essence. Dans les deux exemples, l’épaisseur, le profondeur, la pesanteur de la matière lui confèrent son pouvoir d’expression.
L’admission de Bernard Dejonghe au musée Soulages agit comme une reconnaissance. Un des grands céramistes face à un des plus grands peintres de son temps. On ne peut que s’en réjouir tant elle est justice. Toutefois,il n’est pas interdit de sourire en se souvenant des railleries que suscitait le peintre du Noir. Lors du vernissage, c’était un bonheur de constater la joie des amis et des confères de Bernard Dejonghe de le voir ainsi célébré Ils sont nés à 23 ans d’intervalle. Mais ils appartiennent à la même démarche artistique, celle de la matière. J’appelle cette création, la céramique expressionniste abstraite. La confrontation de Rodez qui survient bien tard pour ces artistes, présente aussi l’avantage de sortir la céramique de son ghetto. Il faudrait multiplier les exemples. Remercions Benoît Decron qui, non seulement aime la céramique – il avait déjà présenté une œuvre de Claudi Casanovas – mais qui aussi n’a pas peur de dépasser les catégories convenues. Remercions aussi la nouvelle directrice Maud Marron qui a compris que dans le legs de son prédécesseur, il y avait cette pépite.