Evénement

Les Energies de la Terre : l’exposition explore, dans ses différents aspects, un sujet d’actualité tout en proposant une déambulation riche de surprises et d’émotions

Une exposition à la fois physique et conceptuelle à savourer avec les sens et l’esprit.

  • Date : Du 12 Dec 2025 au 25 May 2026..
  • Lieu : Musée national Adrien Dubouché, 87000 Limoges.
Muséé Adrien Dubouché Les Energies de la Terre

A propos de l’exposition

L’exposition est organisée en trois parties, « Voyage au centre de la terre », « Aventures technologiques, » et « Objets passeurs d’énergie » que l’on pourrait schématiser en trois entrées, la géologie, la technique et l’art. L’énergie est le résultat du travail de l’homme et de sa capacité à capter les forces naturelles à son profit. La question est intrinsèque du développement de l’humanité. Elle est devenue décisive pour les sociétés contemporaines car la façon dont elle sera gérée conditionne leurs avenirs. La céramique, qui utilise les matériaux issus des processus géologiques, qui les soumet à l’épreuve du feu, donc de l’énergie et les transforme en objets destinés à l’usage, au plaisir ou au rêve de l’homme, est donc concernée par le sujet. Le premier mérite de l’exposition de penser la céramique dans un cadre conceptuel global.

Mon point de vue

En cohérence avec cette approche d’ensemble, l’exposition appréhende la réflexion dans le temps long – avec des pièces archéologiques comme cet oushebti en faïence égyptiennne – et l’espace large, – beaucoup d’œuvres de civilisations non européennes tel le fétiche à clous aux yeux de porcelaine – contextualisant les céramiques, avec des peintures, des sculptures de marbre ou de bois ou même des minéraux bruts ou des outils. La scénographie en rapprochant des objets d’époque et de statuts différents, crée ainsi des associations inattendues et confère aux œuvres au sens nouveau. Ainsi, on découvre autrement des collections du musée comme le gobelet de Venise ou le vase Médicis de Sarreguemines. Les salles consacrées aux expositions temporaires au musée Adrien Dubouché ne sont pas immenses. Il a donc fallu une sélection drastique illustrant le propos. Il en résulte une présentation d’une grande densité, fruit d’une réflexion longue et approfondie du commissaire Jean-Charles Hameau, devenu entre temps directeur du musée, assisté de Elsa Bachelard et plus récemment de Florence Disson.. Il y pense depuis longtemps. La qualité bénéficie de cette longue maturation. L’exposition est physique, la matière est puissante. Elle doit être aussi regardée comme un exercice conceptuel.

La céramique contemporaine est très présente. A l’extérieur, un Bloc de Claudi Casanovas et deux grandes Bouteilles de Tristan Chambaud-Héraud donnent le la. A l’intérieur, deux Areshima récents (2023) de Bernard Dejonghe, dressées, prodiguent la magie envoutante des couches d’émail. Puis un ensemble de cinq Bols Génèse, montre combien cette innovation de Camille Virot est une forme iconique. Les œuvres contemporaines s’égrènent tout au long du parcours, Icaro Maiterena, Claude Champy, Benoît Pouplard, Anaïs Lelièvre, Tristan Chambaud Héraud, Daniel Dewar et Grégory Gicquel ,Thu Van Tran, Hervé Rousseau, Christian Gonzenbach… Dans la dernière salle, les formes de Claudine Monchaussé, Sylvie Auvray et Kokou Ferdinand Makouvia dialoguent avec l’invisible. Ce dernier, artiste togolais, présente un totem creux de plus de deux mètres à l’intérieur duquel il peut se glisser. Des ouvertures lui permettent de tendre ses bras vers l’extérieur, fusionnant l’artiste et sa création, le corps et l’argile.

Le catalogue qui accompagne l’exposition est un ouvrage d’analyse et de réflexion qui réunit un grand nombre d’auteurs. C’est une somme. Il faudrait le lire avant, pendant et après la visite. La thématique est complexe. Il faut saluer les textes de présentation de chacune des parties rédigés par Jean-Charles Hameau qui permettent de saisir son propos. Il faut aussi saluer sa capacité à saisir la démarche des artistes, à entrer dans leur pensée, comme le montrent les fiches qu’il a rédigé lui-même. Je voudrais aussi mentionner le remarquable travail réalisé par Elsa Bachelard. Elle a tenu des entretiens avec cinq artistes, Claudi Casanovas, Icaro Maiterena, Anaïs Lelièvre, Kakou Ferdinand Makouvia, Sylvie Auvray, sont transcrits dans le catalogue sur six pages chacun, donnant ainsi une large surface pour développer les idées. Ces entretiens sont des pépites auxquelles on n’a pas fini de revenir.