Barock- trop, c’est juste assez, à Giroussens, l’association Terre et Terres met en scène une esthétique de l’abondance grâce à une sélection et une scénographie cohérentes

18 avril au 14 juin 2026 Barock- trop, c’est juste assez Centre de Céramique contemporaine de Giroussens 7 place Lucie Bouniol 81500 Giroussens
L’entrée dans la grande salle dégage une impression de couleur, de clarté et d’espace. La scénographie a privilégié une ligne centrale, dans la longueur, où les œuvres sont installées sur des socles de hauteurs différentes. L’ensemble est ramassé mais chaque œuvre a son socle qui la distingue des autres et le niveau moyen des socles, à bonne hauteur, place les pièces à portée du regard du visiteur. Quelques œuvres sont isolées à l’extérieur de l’îlot central sans rompre la logique. Environ 120 céramiques de 12 artistes. Le risque était grand de donner une impression de désordre ou de cacophonie. Le danger a été évité. Le lieu ne donne pas l’impression d’être encombré et une unité formelle s’impose malgré la diversité des propositions. Chacune des œuvres est lisible et ne souffre pas de la proximité de ses voisines. Les commissaires ont écrit la ligne centrale comme une partition jouant des dimensions des socles et des œuvres, créant des harmonies ou des contrastes. Ce que l’on découvre à Giroussens, c’est un ensemble d’œuvres où l’exubérance des formes et l’inattendu des déformations sont appuyés par la vivacité des couleurs, une esthétique de l’abondance.
Barock est un projet audacieux mené par trois commissaires, Marie-Pierre Biau, Anne Saltel et Eric Faure, les deux premières figurant parmi les exposants. Le titre fait référence au Baroque et au Rock « le baroque, art de l’émotion du contraste et de l’abondance, et le rock attitude libre, audacieuse, affranchie des normes, qui ne cherche pas forcément à plaire mais à exister ». Les textes du catalogue, quoique courts, ou justement grâce à leur concision, cadrent le projet, l’héritage baroque, « moins une période que comme une pulsation de l’histoire de l’art », la posture rock « une manière de dire que la céramique contemporaine peut être frontale, incarnée, vivante », ainsi qu’un troisième texte intitulé Trop, c’est juste assez , « Trop revendique une esthétique de la générosité, du contraste et de la présence… Juste assez ne signifie pas modération, mais point d’intensité atteint – moment d’équilibre instable où la forme saturéen devient pleinement signifiante ».
L’enjeu principal était celui de la sélection. Le thème est dans l’air du temps. L’esthétique baroque ou néobaroque semble dominante à Ceramic Brussels. Elle caractérise la nouveauté. Elle s’oppose à au monopole de la matière, à la sublimation de l’émail ou au minimalisme. Toute époque rompt avec les formes que la génération précédente a imposées comme références principales. L’esthétique baroque est une libération. Elle n’est pas un retour au décor à la Vallauris. Elle altère les formes, exalte les couleurs, déconstruit, construit et réunit des éléments disparates. Ce n’est pas un mouvement. Y a-t-il des initiateurs ? Takuro Kuwata (né en 1981) au Japon, Brian Rochefort (né en 1985) en Californie, deux artistes d’une quarantaine d’années. Plusieurs artistes accueillis pas Louis Lefebvre et exposés dans sa galerie de la rue du Bac , se rapproche du thème de l’exposition, comme Nick Weddel ou Maxwell Mustardo. D’ailleurs, Louis Lefebvre a prêté une œuvre de deux artistes, l’une australienne Lynda Draper, l’autre californienne, Jennifer King apportant une ouverture vers des régions plus lointaines.
Lucio Fontana revendiquait deux sources, le baroque et le futurisme. Le Spatialisme, concept global qu’il a lancé après-guerre, comportait une visée de dépassement des catégories. Fontana peut être considéré comme un précurseur car il élabore une nouvelle façon de penser la matière. Il est le premier à remettre en cause la perception inerte du support. En violant la matière, il lui instille le mouvement. Celle-ci devient partenaire du geste. De ce point de vue, il ouvre une voie nouvelle. Même si, sculpteur et théoricien, il est d’abord mu par sa volonté d’incarner une vision globale de l’art et du monde, Fontana fournit des références précieuses pour les praticiens de l’argile.
Il fallait extraire quelques céramistes d’un univers encombré. Le sélection est une réussite. De l’ homogénéité, il se dégage quelques traits communs, la fourchette de dimensions, de 20 à 50 cm, le vase comme matrice principale, le végétal comme inspiration naturaliste plutôt que le corps ou l’animal, l’effet décoratif plutôt que narratif. Et l’expression d’une joie de vivre et de l’humour plutôt que celle de l’introspection ou du drame. La sélection a su s’ouvrir au-delà de la région . L’Allemande, Sarah Pschorn vit à Leipzig au cœur du baroque allemand. Deux céramistes d’origine étrangères sont installées en France, comme la Coréenne Soyoung Hyun ou Anja Marschal, d’origine polonaise.
Je n’analyserai pas chacun des participants. Aucun commentaire ne peut dispenser d’une visite. A défaut, le site du Centre Céramique contemporaine de Giroussens est très complet avec des textes et des photos. Cette exposition est cohérente avec la mission et le positionnement du Centre et de l’association des potiers de Midi-Pyrénées, Terre et Terres : rendre compte des évolutions en cours de la création céramique. Elle permet de mieux comprendre un mouvement qui déconcerte encore beaucoup d’amateurs et reconnaît ainsi son importance.
Et si vous voulez avoir un aperçu des œuvres qui ont retenu mon attention, je vous laisse regarder les photos ci-dessous.






