Les Creusets de Benoît Pouplard, présentés, cet été, au Centre céramique de La Borne, sont des œuvres à haute portée symbolique qui renouvellent le travail de la matière.

publié le 9 juin 2026.
4 juillet- 1er septembre Centre céramique contemporaine La Borne 25 Grand’ Route – 18250 La Borne
Benoît Pouplard sera exposé à La Borne à partir du 4 juillet. Je ne suis pas sur de diffuser une autre newsletter avant cette date. C’est pourquoi, dès maintenant, j’aimerais attirer votre attention sur cette exposition et vous dire comment je vois les Creusets.
Que voit-on ? Un flamboiement de clartés froides, une palette resserrée des blancs aux bleus soutenus, en même temps, un objet accidenté aux parois verticales reposant sur une base arrondie. La forme du creuset de travail évoque, depuis la nuit des temps, l’alchimiste seul dans l’atelier, aux prises avec la matière en fusion. L’objet est plein. Il a la forme d’un contenant mais ce n’en est pas un. Il n’a pas été tourné mais moulé. Le regard cherche à deviner ce qu’il contient en son cœur. Le volcan est éteint mais il garde les traces du tumulte qui l’a agité. Les matières se sont battues. Elles conservent les marques de ces combats. Des arêtes se dressent, autour de ce noyau, comme des cimes au bord de la rupture. Elles projettent l’objet dans l’espace, qui se dépasse lui-même. Les parois sont rugueuses, elles peuvent avoir intercepté des coulures et des débris perdus lors de l’éruption, qui composent ainsi un chaos. Le Creuset est massif mais il se présente comme un écorché, un écorché de la nature en détresse, un écorché de l’âme en recherche.
Ce qui confère au Creuset sa modernité, c’est la façon qu’a Benoît Pouplard, d’illustrer des questions fondamentales, la fragilité des paysages, la précarité de la banquise, la solitude de l’artiste, par le façonnage de matériaux bien connus des céramistes, la porcelaine et le céladon. Benoît Pouplard a mis au point un processus adapté à son projet qui transgresse les règles. Il a décrit ce processus dans le numéro 260, janvier-février 2025, de la Revue de la Céramique et du Verre que vous trouverez ci-après. Mais le mode d’emploi ne suffit pas, il faut l’incarner.
Cette vision dynamique de la matière rejoint également l’esthétique romantique de la « tragédie du paysage » que David d’Angers reconnaissait dans l’œuvre de Caspar David Friedrich. Pouplard revendique explicitement cette filiation lorsqu’il évoque la violence des glaciers, les paysages polaires, les effondrements et les forces tectoniques qui traversent ses créations. Ses œuvres ne représentent pas la nature ; elles en rejouent les puissances. Le spectateur se trouve placé face à des mondes de glace, de chaos et de vertige où s’exprime la fragilité de la condition humaine confrontée à des forces qui la dépassent.
Chez Benoît Pouplard, il n’est pas possible de dire laquelle de l’inspiration ou de la recherche technique précède l’autre. Les deux se fécondent l’une, l’autre, pour aboutir au résultat final.
J’ai rencontré pour la première fois, en 2011, lors des 25 du Lavoir à Clamart. Il exposait des Amarres perdues en céladon, évoquant son attirance pour les océans. Je n’ai jamais cessé d’être fasciné par son engagement total. Peut-on être artiste sans être possédé par son art ?
Benoît Pouplard est exposé par la galerie Nec 20 rue des Coutures Saint-Gervais Paris 3e et par La galerie du Don du Fel 12140 Le Fel



