A la galerie Vincent Sator, Kokou Ferdinand Makouvia, le sculpteur togolais qui nous avait fasciné au vernissage des Energies de la Terre, donne vie aux esprits cachés dans ses vases monumentaux
publié le 7 avril 2026.
Vernissage jeudi 9 avril 18h 21h L’Alambic Cosmique de la Métamorphose Kokou Ferdinand Makouvia galerie Vincent Sator 11 avril au 16 mai 2026 4 cour de l’Isle Louviers Paris 4e
Kokou Ferdinand Makouvia était une des vedettes du vernissage de l’exposition Les Energies de la Terre au musée Adrien Dubouché de Limoges. Il était lui-même présent et s’était introduit dans son œuvre, un grand totem creux fait de plusieurs anneaux superposés. De ces anneaux, surgissaient des bras par les petites ouvertures qu’il avait ménagées dans l’épaisseur de la matière. L’œuvre est toujours présente à Limoges dans la dernière salle comme une apogée de l’exposition, mais lui même n’est plus là pour lui donner vie.
Une sculpture de la même série est présente à l’exposition qui s’ouvre le samedi 11 avril, dans le nouveau lieu de la galerie Vincent Sator.
Kokou Ferdinand Makouvia est un sculpteur qui travaille des matériaux de toute nature, le bois, le fer, le cuivre, le caoutchouc et l’argile. Il ne les considère pas comme des supports inertes, mais prend en compte leur identité et leur portée symbolique. L’argile possède un pouvoir tactile propre et communique le lyrisme de sa plasticité. Mais en outre, la céramique garde un lien intime avec le contenant. Elle traite autant l’intérieur que l’extérieur. Aze Ze Ame Adre devient une sublimation de l’alliance du corps et de la terre. L’artiste façonne la matière de ses mains mais l’œuvre devient un prolongement de lui-même, un abri, un nid, un gîte. Et lorsque, entièrement glissé dans le boyau, il ne fait que tendre ses mains, elle devient une peau. La fusion est telle qu’on pense à Paso Doble, le spectacle de Miquel Barcelo et Josef Nadj, même si les démarches sont différentes.
Kokou Ferdinand Makouvia est originaire du Togo. Il est installé en France. Il a suivi les cours de l’école des Beaux-Arts de Valenciennes puis celle de Paris. Il s’est approprié les principes de l’art contemporain occidental. Mais il reste proche de sa culture d’origine, notamment du Vaudou, très présent au Togo. Il possède une sensibilité qui lui permet d’entendre les voix d’êtres ou d’objets à la quelle notre rationalité nous rend étranger. Aze Ze Ame Adre a été conçu pour une exposition au musée de l’Imigration au Palais de Porte Dorée. Il s’en est expliqué dans l’entretien avec Elsa Bachelard transcrit dans le catalogue des Energies de la Terre. Parlant des objets pillés par les missions coloniales, il dit « Il y avait sans doute des objets rituels, vodous, d’animaux, d’hommes et de femmes, ainsi que de restes humains. J’ai entendu le cri de ces objets et non-objets qui transpercent les murs pour réclamer leur sépulture afin de se libérer définitivement. J’ai exprimé le besoin de passer par une cérémonie de pardon, qui s’éest ensuite transformée en cérémonie de permissions pour des raisons politiques ». La suite du texte évoque une cérémonie du pardon à Lomé qui lui permet de poursuivre sa réflexion. Il imagine alors espace de conversation ouvert à tous ceux qui parcourent l’exposition. « Pour concevoir cette plateforme de conversation, j’ai imaginé des réceptacles de prières, de vœux, de colère, de joie. J’ai réalisé un ensemble de piliers-colonnes, de vases monumentaux intitulé Aze Ze Ame Adre ( les sept vases de la haute connaissance initiatique) Azé dérive du mot en langue yoruba, « Adzé » qui désigne la haute connaissance suprême permettant la maîtrise et la manipulations des quatre éléments de la nature et la communication avec l’univers ».
Plus loin, l’entretien donne l’occasion à Kokou Ferdinand Makouvia de dire ce que réprésente pour lui le travail de la terre « la terre est le matériau qui me représente le mieux. Elle a une texture délicate, je la caresse, je la malaxe, je la réutilise ». L’ensemble de l’entretien mérite d’être lu. Il apporte un éclairage personnel, vécu et intime de la démarche de l’artiste.
Kokou Ferdinand Makouvia concilie un traitement physique de la matière, la monumentalité des constructions, l’énergie transmise par le modelage avec une spiritualité à l’écoute d’autres mondes.
La démarche de Kokou Ferdinand Makouvia se déploie dans une vision globale qu’analyse le texte de Christine Blanchet dans le communiqué de presse.
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Vincent Sator avait participé à la première édition de Ceramic Brussels en 2024 où il présentait Christian Gonzenbach. Avec cette exposition, il ouvre un nouvel espace d’exposition à Paris ; Kokou Ferdinand Makouvia et Christian Gonzenbach sont présents dans l’exposition Les Energies de la Terre au musée Adrien Dubouché à Limoges


